Je me sens tellement légère que ça en devient louche. Je ne dors pas. J'écris. Je rêve. Je vis. Je coupe les ponts avec une facilité effrayante, une facilité qui me fait peur. J'écoute Chanson de toile, Monochrome. Je suis la fille aux converses rouges, le cheveu rebelle, qui marche en sautillant, écoute trop fort sa musique, pleure beaucoup. Qui parle jusqu'à épuisement, épuisement qui ne vient jamais, mais qui préfère écouter. Les histoires futiles, celles qui sont importantes, celles qui font mal, celles qui font sourire. Je suis bon public, peu m'importe. Il fut un temps où je me serais bien évaporée, rendue transparente parce que j'avais été assez stupide pour ne pas faire ce que j'aurais dû faire. Pour m'être obligée à faire le contraire de ce dont j'avais envie. La stupidité, la peur, peut-être les deux. J'ai été con et j'le serai encore, personne n'en doute. Mais en attendant...en attendant, merde, soyons quelque de bien, soyons nous-même. Vis, respire, inspire, trouve-toi ridicule d'être si facilement envoûtée. J'm'en fous. C'est jouissif.
Emilie Simon. Huit dodos.Je ne t'ai pas oubliée, Aurore. Je cherche les mots.Je vais faire comme Dionysos. Eats music. Putain. C'est un délicieux gros mot qui est puissant, putain. C'est même fabuleux de manger de la musique. La page 30 du manuel de piano, t'appuies sur les touches comme une forcenée pour...pourquoi ? Ca fait seize ans que t'écoutes de la musique jusqu'à plus soif, que tu craches tes poumons sur Tostaky, que tu pleures avec Monochrome, que tu ris avec La métamorphose de Mr. Chat, que tu plies tes tee-shirts sur le live de Lou Reed. Alors quand ta page 30 est là devant toi, que tu coordonnes tes mains, que tu ne dois plus compter la mesure dans ta tête, tu t'en fous, t'appuies sur les touches du piano, tu les massacres. Tu les bouffes comme elles t'ont bouffées avant. Tu leur montres que toi aussi, tu peux mettre toute ta rage dans la page 30. Toute ta bonne humeur dans la 29.
Tu le montres à Sarah, à toi. Uniquement.
T'as seize ans, la première fois que t'as touché à un piano c'était y'a deux mois, mais les pages de ton manuel tu les avales goulûment. Tu t'en fous que ce soit pas tellement mélodieux, que ce soit pas d'une difficulté immense. Pour toi, faire la page 30 il y a deux mois, c'était impossible. Alors maintenant tu fonces, tu répètes et tu joues jusqu'à ce que tes doigts hurlent qu'ils ont mal. Tu t'en fous. T'as seize ans, et il t'a fallu seize ans pour pouvoir faire de la musique. Alors tu déverses ton estomac sur le clavier, parce que si y'a bien un truc important, c'est de faire ce qu'on fait avec son coeur, à fond.
J'ai des trucs dans l'estomac qui veulent sortir, ils tapent contre la paroi, paf. J'ai l'impression d'être Tchernobyl, le nucléaire en moins. Y'a plein de choses qui veulent s'en aller, exploser au grand air. Des choses biens.